Le CANTHEL (Faculté SHS) a le plaisir d’annoncer la sortie du dernier numéro de cArgo, revue internationale d’anthropologie culturelle et sociale, en partenariat avec le laboratoire Passages (CNRS/Université de Bordeaux) : 

« The new Chinese anthropology / La nouvelle anthropologie chinoise »

 

La civilisation chinoise est un objet d’étude ancien pour les sciences humaines européennes, comme en témoigne l’abondance de travaux en philologie, en histoire, en sociologie même depuis plus d’un siècle. L’œuvre de Marcel Granet en est un exemple brillant. Mais il est étonnant que l’ethnologie, d’habitude si prompte à écumer tous les recoins de notre planète, se soit si peu concentrée sur ces mondes que l’on regroupe sous le nom de Chine. Même si 90% de la population chinoise est Han, il y a en effet cinquante-cinq « nationalités » (minzu) reconnues dans ce pays. Parmi les Han eux-mêmes, la diversité culturelle est grande : la langue du sud est difficilement compréhensible des gens du nord, et la cuisine est bien différente à Pékin et à Canton.

Pourquoi l’ethnologie de la Chine est-elle si peu développée en Occident ? Serait-ce en raison de l’effarante complexité des cultures, dont le nombre épuiserait toutes les bonnes volontés ? Serait-ce en raison du statut de ces cultures : cohabitation, coexistence, entremêlement ? Serait-ce en raison de l’extraordinaire difficulté des langues parlées ? Serait-ce en raison de la centralisation de l’État chinois qui oblitère les différences locales ?

Quoi qu’il en soit, cArgo a fait un choix inédit dans notre paysage disciplinaire : donner la parole aux anthropologues chinois eux-mêmes afin qu’ils relatent leurs enquêtes sur leur propre pays et sur ses marges. Afin de donner de l’épaisseur méthodologique à cette entreprise, les anthropologues chinois qui s’expriment ici ont aussi à cœur de porter un regard sur la manière dont l’Occident a conduit ses investigations en Chine. Ainsi s’enrichit la méthode comparative : eux parlant d’eux-mêmes et de ceux, étrangers, qui ont déjà examiné la réalité chinoise. Double regard en quelque sorte, ou plutôt même source de regard qui a su se dédoubler et emprunter le point de vue des autres. La première traduction en français du texte pionnier de Li An-che sur les Zuñi du Nouveau Mexique (1937), accompagné d’une introduction de Roger Renaud, illustre à merveille ce projet de dialogue anthropologique entre la Chine et le monde occidental.

cArgo a souhaité pousser le décentrement, propre à toute approche anthropologique des cultures et des sociétés, à la limite de ses possibilités. Nous espérons ainsi contribuer, si ce n’est à une compréhension intersubjective, tout au moins à un rapprochement des accès aux mondes que seule une traduction raisonnée peut permettre.

Coordination : Ji Zhe & Liang Yongjia

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