[recherche-tourisme] TRIP saison 13 : (Faut pas) Confondre tourisme et migration

Quand :
12 octobre 2017 @ 17 h 00 min – 20 h 00 min
2017-10-12T17:00:00+02:00
2017-10-12T20:00:00+02:00
Où :
Université Paris-Descartes,
45 Rue des Saints-Pères
75006 Paris
France

TRIP saison 13 : (Faut pas) Confondre tourisme et migration (?!)

Responsables : N. Chabloz, S. Cousin, A. Doquet, S. Jacquot. 

Horaires : 17h-20h

Lieu Université Paris-Descartes, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris, salle Mendel C

Pour sa treizième saison, le séminaire se propose de confronter les catégories, les pratiques et les imaginaires associés à des champs le plus souvent dissociés voir opposés : les mobilités dite « de loisirs », et celles qui seraient motivées par une contrainte économique, politique ou sociale – les migrations. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux pratiques qui se situent dans un entre-deux : que faire du rôle initiatique du voyage pour les jeunes adultes ? Comment classer les circulations aventurières des jeunes ouest-africains ou les migrations des retraités français en Afrique ? Quels images et quels imaginaires de l’altérité et de l’entre-soi, de l’ailleurs, de l’exotisme et du temporaire se produisent à travers des réseaux comme hôtel du Nord ou Singa ? Du code du tourisme à la politique des visas, comment les Etats et les industries du contrôle organisent-ils l’étanchéité des catégories ? De la tente « 2 secondes » aux plateformes d’accueil, quelles sont les échanges, les cultures matérielles, les habitacles et les habitudes qui circulent d’une pratique l’autre ? L’enjeu n’est pas de juxtaposer les enquêtes sur le tourisme ou les migrations, mais d’observer les espaces, les pratiques et les enjeux des entre-deux, dans leurs ambivalences et leurs complexités, sans minorer les rapports de domination économique et (géo)politique à l’œuvre.
Nadege Chabloz et Anne Doquet (EHESS), Saskia Cousin (Paris Descartes), Sébastien Jacquot (Paris 1 Panthéon Sorbonne),

12 octobre  (voir résumés des présentation ci-dessous)
Pascal Mulet, Centre Maurice Halbwachs,”Lieu circulé. Une économie locale dans l’Atlas (Maroc), mais pas seulement ».
David Rati, laboratoire Mosaïques-LAVUE (UMR 7218),  “Le camping-car comme habitat : mobilités et regroupements de retraités mobiles en Arizona”.
discutante : Brenda Le Bigot
Lieu : Université Paris Descartes, Centre Universitaire des Saints-Pères, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.

9 novembre
Altair Despres, URMIS – Unité de recherche Migrations société, « Venues pour les plages, restées pour les garçons’ ? Du tourisme à l’expatriation amoureuse des femmes occidentales à Zanzibar »
Helène Quashie,  IMAf, “Se confronter à la « blanchité » : pratiques balnéaires et culturelles de touristes, migrants, expatriés occidentaux et africains au Sénégal”.
discutante : Nadège Chabloz

23 novembre 
Dana Diminescu, Telecom Paris Tech, “Singa et les réseaux hospitalités”
Fabiola Mancinelli, Universitat de Barcelona: “ Imaginer le « foyer » dans une vie de mobilité permanente”
Discutante : Saskia Cousin

14 décembre
Fréderic Thomas, Paris 1, “Gambie empowerment : éviter les migrations à travers le développement d’un programme touristique?”
Elieth Eyebiyi, LASDEL / CANTHEL : “Franchir la frontière”
Discutant : Sebastien Jacquot

25 Janvier (séance exceptionnelle tourisme et religion)
Caterina Bandini,  “Les pèlerinages des « pierres vivantes » en Terre sainte : entre pèlerinage, militantisme et tourisme. Ethnographie d’une pratique hybride”, Doctorante en sociologie EHESS / LabEx TEPSIS / Centre Maurice Halbwachs
Aziz Hlaoua, “Voyage des Hommes, voyage du savoir: les convertis au soufisme en action. étude de cas de la zawiya Al-Qadiriya Al-Boutchichiya au Maroc”, Docteur en sociologie, chercheur associé au CEMS/EHESS/Paris et au Centre Jacques Berque, CNRS, Rabat
discutante : Nadege Chabloz

12 octobre :

Pascal Mulet – Centre Maurice Halbwachs : “Lieu circulé. Une économie locale dans l’Atlas (Maroc), mais pas seulement”.

Je propose de présenter les manières dont est façonné un lieu (à savoir ici un village du Haut Atlas au Maroc) à partir de l’observation des circulations dont il est le théâtre, en considérant ensemble différents types de mobilités, leurs acteurs et leurs logiques. Situé à quelques 1600 mètres d’altitude dans une région agro-pastorale de montagne en Afrique du Nord, le village berbérophone que j’appelle Zagoya peut être considéré comme une marge de l’économie-monde. Il est également centre, point d’ancrage ou nœud d’un certain nombre de circulations de personnes, de biens ou d’informations. Dans le cadre des migrations plus ou moins longues de jeunes hommes qui s’engagent sur des chantiers dans le plat pays au Maroc, le village est un point de référence des réseaux de travail et de sociabilité qui, « ailleurs », participent de l’économie locale, tandis l’accès privilégié aux ressources accessibles au village peut constituer une assurance pour des migrants en difficulté. Dans le cadre d’une économie du tourisme, le village est centre d’intérêt et destination de mobilités de loisir qui mettent en jeu les hiérarchies locales et la transformation du village et de sa position par le bâti (structures d’accueil, par exemple), l’accessibilité, la circulation d’informations qui participent des intérêts portés au lieu et à ses habitants. Ce processus se développe lorsque des touristes réguliers mettent en place des structures de solidarité internationale visant un certain « développement » du village et organisent des séjours dans ce cadre. Le village devient alors le centre d’une scène sociale transnationale complexe, scène de la circulation de personnes, de biens et d’informations, et scène de conflits et de rapports de force qui se jouent en partie au village. Parallèlement, l’analyse de relations interpersonnelles entre des touristes et leurs prestataires hors de ce cadre relativement formalisé permet de relever les logiques et les enjeux d’une économie locale qui a pour acteurs des allochtones pour lesquels le lieu est d’abord un « ailleurs », peu connu et peu maîtrisé.
Il s’agit ainsi, par l’analyse de différents types de mobilité et de la complexité de leurs logiques, d’analyser la mise en place et l’organisation d’une économie locale dans le cadre de scènes sociales plus larges (d’envergure nationale ou transnationale), ou comment une économie « globale » se réalise localement.

 

David Frati – Laboratoire Mosaïques-LAVUE UMR 7218 : “Le camping-car comme habitat : mobilités et regroupements de retraités mobiles en Arizona”.
Le regroupement hivernal de retraités mobiles à Quartzsite, Arizona : quelle organisation spatiale et sociale d’une population mobile hétéroclite ?

Depuis les années 1980, la petite ville de Quartzsite, Arizona, aux Etats-Unis, reçoit tous les hivers un très important événement dédié à la vie en camping-car, visité par toute une population de retraités vivants en camping-cars. La littérature scientifique parle de jusqu’à un million de personnes qui se regroupaient dans les RV Parks et dans les espaces désertiques autour de la ville jusque dans les années 1990 [Counts et Counts, 1996] pour quelques jours comme pour six mois. Ces retraités mobiles vivant en camping-car ont été décrits comme des « leisure nomads », des nomades de loisir [Simpson, 2015], se déplaçant pour l’aventure, la rencontre et la découverte de nouveaux paysages à travers les Etats-Unis [Forget, 2012]. Cependant, notre enquête de terrain nous a amené à constater que le rassemblement hivernal a aujourd’hui non seulement moins d’ampleur, mais aussi ceux qui rejoignent Quartzsite n’ont pas tous choisi de vivre dans un camping-car ou autre habitat mobile, et même s’ils peuvent produire un discours tout à fait positif sur ce mode de vie, ce sont avant tout les crises économiques de 2001 et 2007-2008 qui les ont amenés à vivre sur la route. Les grandes zones désertiques autour de Quartzsite accueillent ainsi une population hétéroclite où se côtoient camping-car de quinze mètres de long et tentes délabrées. Certains sont toujours liés à un « home » qu’ils rejoignent l’été (les « still rooted »1), d’autres sont des couples déclassés sans maison en dur (les « suspended »2) et d’autres enfin peuvent être des personnes sans rien d’autre qu’une tente et un vélo (les « footloose »3) [McHugh et Mings, 1996]. Cette communication s’appuiera sur un travail de terrain réalisé les deux hivers derniers dans le désert aux abords de la ville de Quartziste. Nous souhaitons ici explorer comment s’organise l’espace et la vie sociale dans un lieu où se côtoient ces différentes catégories de personnes que l’on peut considérer comme touristes, comme migrants ou comme les deux à la fois et qui ont chacune des habitats, des pratiques de l’espaces et des histoires différentes.