Retour sur l’organisation d’un colloque par la promotion 2016-2017 du Master de Coopération internationale en éducation et formation de la Faculté de Sciences Humaines et Sociales

Les étudiants de M2 du Master Coopération internationale en éducation et formation organisent chaque année, dans le cadre de leur formation, un colloque qui réunit chercheurs et professionnels de la coopération éducative à la Sorbonne. Il a eu lieu le 10 février 2017 et le thème en était, cette année : «Situations d’urgence, une opportunité pour repenser la coopération internationale en éducation ?». Avec plus de 80 participants et des échanges nourris, il a dépassé les espérances des étudiants, organisateurs. Découvrez leur témoignage.

D’après les Nations Unies, le nombre de personnes touchées par des crises humanitaires aurait quasiment doublé au cours de la dernière décennie. L’accès à l’éducation, désormais considéré comme indispensable au bon développement d’un pays, fait partie des priorités exprimées au sein de la multitude d’actions de coopération internationale qui répondent à ces crises.

L’éducation en situation d’urgence pose un problème de conciliation entre deux logiques temporelles : d’une part, la priorité est de stabiliser la situation à court terme en répondant avant tout aux besoins de base des populations touchées ; d’autre part, il s’agit de structurer l’action sur le long terme afin de permettre une sortie de crise durable. La coordination des efforts dans un but d’efficacité et de cohérence peut de plus être rendue difficile par la diversité des perspectives et objectifs de chacun : lorsqu’un grand nombre d’acteurs internationaux et locaux sont impliqués (bailleurs internationaux, autorités nationales, communautés locales et associations diverses), les rapports de pouvoir qui s’instaurent peuvent poser des problèmes de légitimité et d’éthique : recevoir de l’aide signifie-t-il que l’on abandonne une partie de sa souveraineté ? Comment équilibrer les savoirs et manières de faire locaux par rapport à l’expertise internationale afin d’obtenir la meilleure qualité et la meilleure efficacité possibles ? La façon dont l’action internationale se construit en cohérence avec des cadres stratégiques nationaux et à des modes d’organisation et demandes locales est ainsi déterminante afin d’optimiser l’aide à court terme, mais aussi de favoriser une reprise efficace du fonctionnement éducatif à long terme.

Un autre rôle souvent donné à l’éducation en contextes de crise, de sortie de crise ou de grande fragilité est celui de la cohésion sociale : l’éducation peut-elle aider à prévenir la violence qui souvent préexiste et persiste après les événements de crise, et à quelles conditions ? L’attribution de ce rôle supplémentaire demande nécessairement de repenser les méthodes et des outils d’enseignement adaptés à chaque situation. Comment trouver les moyens temporels, financiers, techniques et humains de le faire, tout en respectant les objectifs et enjeux des différents acteurs impliqués ?

Ce colloque avait pour objectif de s’interroger sur les bilans des actions menées au cours des dernières années dans ce domaine, sur les problèmes spécifiques qu’il pose et sur les solutions proposées adoptées par différents acteurs de la coopération internationale en éducation.

Comme chaque année, notre promotion 2016-2017 aurait dû se lancer dans l’organisation du colloque dès la rentrée. Cependant, le temps de nous remettre d’une semaine d’intégration très dense, qui nous a fait découvrir le système éducatif marocain depuis Marrakech, de nous lancer dans nos nouveaux cours, de faire connaissance avec nos nouveaux camarades, nous n’avons réellement commencer à travailler à l’organisation du colloque que fin octobre. Forts de l’expérience des promotions précédentes, qu’elles ont accepté de partager avec nous, nous avons repris leur idée d’organisation et nous sommes répartis en 5 groupes : communication, logistique, financement, intervenants et conceptualisation. Création d’une adresse mail commune, première réunion de groupes et idées qui fusent dans tous les sens… nous sommes partis sur les chapeaux de roue pour rattraper notre retard ! De nombreuses réunions et de houleux débats ont donné lieu à un vote interne au groupe –  vote très serré – pour le choix d’un thème. Afin de présenter plus amplement ce thème à nos potentiels intervenants, puis par la suite au public, nous avons rédiger une note conceptuelle. A partir de cette réflexion plus détaillée sur le thème, nous avons pu chercher les intervenants qui de par leur spécialité ou poste de travail pourraient apporter un regard pertinent et enrichissant sur notre thème. Nous avons alors pris contact avec eux avant de nous rendre à l’évidence : énergie, bonne volonté et sourires sont des conditions nécessaires mais non suffisantes pour rencontrer l’intérêt des spécialistes des sujets qui nous intéressent… Les choses paraissent évidemment plus simples pour nos responsables de formation, qui, disposant d’un capital que nous n’avons pas (encore) parviennent à mobiliser les uns et les autres en un temps record ! Nous avons ainsi eu la chance de recevoir Annie Blasco (CIEP), Léonora MacEwen (IIPE), Denis Poizat (Lyon 2), Audrey Nirrengarten (AFD), Alexandra Tran (Consultante), Anne-Charlotte Triplet (CEPED), Helena Murseli (Doctorante) et Martina Lochen (Consultante), ces 4 dernières étant également des anciennes du master.

L’organisation matérielle d’un tel événement a pu à certains moments s’apparenter aux 12 Travaux d’Hercule : il nous a fallu découvrir comment fonctionne en pratique la Faculté, aller de bureaux en bureaux « au 4ème », mais aussi « au 2ème »… Cette première expérience nous a fait mesurer à quel point l’éventail des problèmes à régler est vaste : comment trouver le budget nécessaire, et quel budget ? Qui inviter, et comment ? combien de repas pour le déjeuner ? Combien serons-nous au cocktail ? Filmer, oui ou non, et avec quelle caméra ? Faire modérer les sessions, mais par qui ? Etc. Mais finalement, alors que la liste des inscrits ne cessait de s’accroître de jour en jour pour atteindre plus du double de ce que nous espérions avec 100 inscrits, toutes ses questions ont trouvé réponse.

Malgré quelques décisions de dernière minute, l’ensemble du colloque s’est déroulé comme prévu et avec assez peu de retard sur l’horaire. Sur l’ensemble des inscrits, nous avons reçu environ 80 participants sur la journée. Les échanges entre chaque session, non seulement avec les intervenants mais également les auditeurs, étaient très riches et conviviaux. Café, thé, viennoiseries et gâteaux fait maison ont bien aidé à créer un espace de discussion pendant les pauses, bien que l’étroitesse de l’amphithéâtre rendait la circulation quelque peu difficile. Même si le déjeuner fut un peu léger en quantité (le traiteur a livré des parts plus petites que prévues), le cocktail lui était très réussi et s’est même prolongé jusqu’à 20h. Au-delà, de l’objectif académique des échanges, de l’exercice d’apprentissage de l’organisation d’un colloque, celui-ci représente aussi une excellente occasion pour de futurs jeunes diplômés, comme pour les intervenants et participants, de rencontrer des professionnels du métier, de prendre des contacts, et ainsi de commencer ou continuer à construire son réseau. Les anciens du master, présents en grand nombre, étaient également très heureux de se retrouver, de prendre des nouvelles les uns des autres et de nous rencontrer, nous la nouvelle vague de futurs anciens.

Nous savons, en tant qu’étudiants en sciences de l’éducation, que l’apprentissage passe en grande partie « par la pratique ». Nous sommes rétrospectivement heureux et fiers d’avoir pu mener à bien ce projet. Si nous avons puisé dans nos propres ressources, parfois insoupçonnées, nous tenons également à remercier chaleureusement tous ceux, personnes et institutions, qui ont su nous épauler et nous accompagner, du service financier à celui de la communication, du service intérieur à la logistique en Sorbonne, nos enseignants, nos intervenants, le public, la Faculté des SHS et le CIEP.