Pharmacien d’officine, un métier à réinventer ?

Après trente ans de carrière dans le secteur de l’industrie pharmaceutique, Jean-Luc Marié, docteur en pharmacie, change de voie et s’installe à son compte en reprenant une ancienne officine. Un choix que certains jugeraient risqué dans un contexte empreint de fortes incertitudes pour les pharmacies françaises mais que lui considère avant tout comme porteur de nouvelles opportunités. Portrait de cet ancien étudiant de Paris Descartes.

Jean-Luc Marié est issu de la promotion 1982 des docteurs en pharmacie de l’université Paris Descartes. Au terme de ses études spécialisées en industrie, il rejoint par goût de la médecine naturelle l’entreprise Boiron. Il la quittera pour travailler ensuite dans la vente de systèmes d’informations aux officines pour la gestion du tiers payant, à une époque qui n’avait pas encore connu l’essor des grandes sociétés informatiques.

Après avoir suivi des cours du soir à l’Institut de pharmacie industrielle, il décroche un poste au sein de Rhône-Poulenc. La société le forme durant trois ans à la fabrication de produits dans son centre de développement pharmaceutique. Il évolue dans cette entreprise, devient responsable de production d’une usine, s’expatrie un temps en Angleterre, revient en France pour occuper des fonctions dans la qualité industrielle avant de devenir auditeur international. En 2002, il rejoint 3M Santé en tant que directeur qualité de la filiale française et pharmacien responsable. Il restera dans cette société durant dix ans jusqu’à ce qu’il décide de changer de voie.

De l’entreprise à l’entrepreneuriat

Après de nombreuses années au service de ces grands groupes, Jean-Luc Marié fait le choix, avec le soutien de sa famille, d’ouvrir son officine. Si au début, il envisage de s’associer avec un pharmacien d’expérience, il se lancera finalement seul après s’être formé par le biais d’un DU d’orthopédie, d’immersions chez des confrères et de la lecture de nombreux ouvrages. En mars 2012, il achète une pharmacie dans le centre historique de Saint-Jean d’Angély en Charente-Maritime. Il choisit de lui donner une orientation produits de santé naturels en développant compléments alimentaires, plantes médicinales, huiles essentielles et homéopathie, renouant ainsi avec son attrait initial pour la médecine naturelle.

Aujourd’hui, ce professionnel de santé puise dans son expérience acquise au sein de l’industrie pharmaceutique pour gérer son commerce. Les notions d’attractivité, de différenciation, de part de marché lui sont familières et lui paraissent essentielles pour mener à bien son activité. Son officine propose également un site internet, une page Facebook et un compte Twitter. Il reconnait que sa présence sur les réseaux sociaux n’a pas un impact fondamental dans les résultats de son officine. Selon lui, cela participe tout de même à préparer l’évolution incontournable qu’est amenée à connaître sa profession. S’il est convaincu de l’indispensable relation locale avec la clientèle, il croit fortement que le pharmacien de demain devra proposer à ses clients des services à distance pour assurer pleinement son rôle de conseil.

Une profession en pleine mutation

Le secteur des officines connait de profonds bouleversements. Le contexte économique et les décisions politiques conduisent en effet les pharmaciens à repenser leur modèle économique traditionnel et à redéfinir les contours de leur métier. Avant tout professionnel de santé soumis à des règles déontologiques, le pharmacien d’officine est aussi commerçant et doit composer avec ces deux identités. La loi « Hôpital, patients, santé et territoires » et l’instauration de nouvelles missions tendent à rééquilibrer cette profession qui, jusqu’ici, tire la majorité de son revenu de la marge réalisée sur les ventes de boîtes de médicament. Néanmoins, ces nouvelles missions n’étant pas pour l’heure rémunérées, de nombreuses questions restent en suspens. Ce qui est certain c’est que la baisse des prescriptions, les déremboursements croissants de l’assurance maladie, l’ouverture de la vente en ligne de médicaments et le lobbying de la grande distribution contre le monopole de l’officine rendent l’évolution du métier inéluctable.

Jean-Luc Marié y voit l’opportunité d’inventer les pharmacies de demain. Pour réussir, il faudra se différencier, se positionner, valoriser le bénéfice client et savoir gérer son commerce. Selon lui, la clé du succès restera cependant toujours l’envie d’entreprendre et d’aller de l’avant. A travers son portrait il aimerait semer des graines d’optimisme et dire aux étudiants qui demain ouvriront leur officine « N’écoutez pas les nostalgiques. Le monde change, il faut juste s’adapter. »