Paris Descartes se dote d’une structure de CFAO dentaire unique en France

Plateforme de CFAO dentaire - faculté de chirrugie dentaire de Paris Descartes

La faculté de chirurgie dentaire de Paris Descartes a ouvert en octobre dernier une plateforme technologique de Conception et Fabrication Assistées par Ordinateur dentaire. Ces nouvelles technologies permettent au dentiste de prendre des empreintes optiques (et plus comme avant à l’aide d’un matériau), de concevoir la prothèse, voire de la fabriquer dans son cabinet.

L’UFR d’odontologie dispose ainsi d’une unité de production unique en France aux visées à la fois scientifiques et pédagogiques. Dès 2006, la faculté de chirurgie dentaire de Paris Descartes était la première en France à proposer un enseignement complet de CFAO dentaire (TP, ED et cours magistraux). Grâce à cette nouvelle unité de production, elle entend renforcer sa position de faculté motrice dans ce domaine.

Invention française, la conception et la fabrication assistées par ordinateur (CFAO) des prothèses dentaires a fait son apparition dans les années 80 grâce au Dr. François Duret, inventeur mondial de la CFAO dentaire. C’est seulement au cours de la dernière décennie que cette innovation technologique a acquis sa crédibilité auprès des praticiens et des prothésistes, faisant ainsi entrer la dentisterie restauratrice dans l’ère du numérique. En France, malgré leur coût encore élevé, ces logiciels et équipements se développent de plus en plus au sein des cabinets dentaires ainsi que dans les laboratoires de prothèse.

Inaugurée en octobre 2014, une unité de production d’une superficie de 50 m² disposant de plusieurs chaînes d’équipement complètes, d’une valeur de 300 000 euros, est installée dans un local spécifique attenant à un laboratoire de recherche de l’UFR d’odontologie. Une deuxième salle de 40 m² doit également voir le jour au premier trimestre 2015. Ce projet novateur est le fruit d’un partenariat conclu entre la faculté et des industriels qui mettent gracieusement à sa disposition leurs machines et logiciels en échange d’un retour d’expérience des chercheurs et des étudiants amenés à les utiliser.

L’idée originale de ce projet consiste à mettre à disposition des étudiants, des chercheurs mais aussi des praticiens libéraux et des prothésistes une plateforme technologique en CFAO dentaire dotée de matériels modernes et grâce à laquelle ils pourront croiser leurs expériences.

Sur le plan pédagogique, ce projet permet aux étudiants d’apprendre ce que sera la dentisterie de demain. Il offre également l’opportunité de leur proposer un enseignement contextualisé, en lien avec la pratique clinique qu’ils effectuent en CHU durant leurs 5e et 6e années. En effet, l’étudiant prend une empreinte optique ou traditionnelle sur son patient à l’hôpital puis vient dans l’unité de production fabriquer la prothèse de son patient. Ainsi, l’étudiant réalise en quelque sorte un TP sur son propre patient. L’enjeu pour les futures générations de chirurgiens-dentistes est de pouvoir se former, dès leur cursus d’études, à ces nouvelles techniques de travail et à leur impact au niveau de la relation au patient. Les futurs professionnels auront désormais le choix d’utiliser ou non ces technologies dans l’exercice de leur métier.

D’un point de vue clinique et de l’apprentissage clinique, ce projet initie les étudiants à des soins ultraconservateurs (restaurations par inlay, onlay plutôt que restaurations par couronnes) qui sont encore trop peu courant dans le milieu professionnel, le système de santé actuel privilégiant les restaurations par couronne. Pour le patient aussi ces nouvelles technologies vont changer les habitudes du cabinet dentaire. Au lieu d’utiliser un matériau pour l’empreinte, une caméra permet d’enregistrer les dents ou les préparations. Par ailleurs, si le dentiste a acquis l’ensemble de l’équipement, une seule séance est nécessaire pour que le patient reçoive sa prothèse. Dans ce cadre, la faculté a initié une démarche de déclaration officielle auprès de l’ANSM de fabricant de prothèse. Elle travaille en parallèle sur la question de la traçabilité et sur d’éventuels projets de recherches cliniques.

Et d’un point de vue scientifique ? Ce projet fait le lien avec l’axe de recherche de l’Unité Biomatériaux Innovants et Interfaces de Paris Descartes (URB2i – EA 4462), qui est l’une des parties prenantes au projet. L’URB2i mène, dans le cadre de ses travaux, une réflexion sur une démarche qualité appliquée à la CFAO dentaire. Les enseignants-chercheurs évaluent dans ce but les facteurs d’influence de la qualité des restaurations mise en œuvre par CFAO, tels que la vitesse d’usinage, l’influence de l’opérateur, du matériau ou du couple outil/matière.

Fédérés dans le cadre de cette pratique commune, praticiens, chercheurs et acteurs du monde professionnel devraient dès lors avancer plus rapidement dans la maîtrise de l’application de ces nouvelles technologies au monde de la dentisterie.