Dominique Bellet et la recherche translationnelle

Dominique Bellet professeur d'immunologie, université Paris Descartes

© Alain Marouani

Domaine d’activité scientifique méconnu du grand public, la recherche translationnelle, se situe à l’interface entre recherches fondamentale et clinique. Elle vise à traduire les résultats de la première en produits utiles aux médecins et aux patients. Portrait de ce pharmacien, immunologiste et médecin.

Comme il aime désormais à le rappeler à ses étudiants, trouver sa voie n’est pas nécessairement chose aisée ou immédiate. Pour Dominique Bellet, alors étudiant en pharmacie, c’est la découverte du milieu hospitalier, et plus particulièrement de la relation au patient lors d’un stage, qui lui donnera sa vocation.

Cela le conduira à entreprendre des études de médecine, puis à se spécialiser en immunologie. Cette discipline médicale, qui étudie les réactions de défense de l’organisme contre un agent pathogène ou contre les cancers, l’intéresse tout particulièrement : complexe et donc ludique, mais surtout utile, puisqu’elle permet de concevoir des outils pour le développement de tests en faveur des malades.

Avec sa double formation de pharmacien et de médecin, c’est tout naturellement qu’il choisit de travailler par la suite dans le domaine de la recherche translationnelle. Cette discipline se situe au carrefour entre la recherche fondamentale et la recherche clinique effectuée auprès des patients, et permet d’accélérer l’application des découvertes les plus récentes au bénéfice de ces derniers.

Spécialisés dans le diagnostic et le suivi des cancers à l’aide de marqueurs tumoraux, les travaux de recherche de Dominique Bellet et de ses équipes ont permis de mettre au point de nombreux tests, aujourd’hui régulièrement utilisés par des milliers de laboratoires dans le monde pour le dépistage, la détection et le suivi des cancers du foie, de la vessie, de la thyroïde, des testicules et du placenta.

Plus étonnant peut-être, les travaux de ce chercheur, qui a passé près de dix ans entre les Etats-Unis et la France, ont conduit parfois par hasard (on parle de sérendipité) à des applications autres que celles initialement prévues. C’est ainsi par exemple que des tests efficaces pour le dépistage du syndrome de Down (également appelé trisomie 21) ou pour celui de septicémie ont pu être mis au point. Une des raisons pour lesquelles un tel transfert de découverte est possible provient certainement de la similarité observée entre certains mécanismes qui permettent la vie ou qui peuvent en précipiter la fin. Au sein du laboratoire de l’UCTBS*, l’équipe à laquelle appartient Dominique Bellet appuie en effet ses recherches sur l’idée selon laquelle les cellules cancéreuses qui peuvent parfois être fatales et les cellules placentaires, celles qui entourent l’embryon au cours de la grossesse et qui sont nécessaires à la vie, utilisent des circuits moléculaires communs pour proliférer, migrer puis envahir. Ainsi, le test de détection du cancer des testicules, est basé sur la présence dans le sang de la sous unité d’une hormone, la béta hCG, qui est produite par les cellules cancéreuses. Cette même sous-unité étant produite naturellement par les cellules placentaires, il s’est avéré que le test utilisé initialement en cancérologie pouvait aussi être utile en obstétrique pour le dépistage de la trisomie 21. En combinaison avec d’autres tests, il est désormais utilisé lors du premier trimestre de grossesse pour le dépistage de ces trisomies.

Professeur d’immunologie à la faculté de pharmacie de Paris Descartes depuis 1987, ce chercheur passionné encourage ses étudiants à ne pas hésiter à s’engager sur des chemins de recherche parfois négligés mais porteurs d’espoir pour les malades. Comme le prouve sa propre expérience, nul ne sait en effet à l’avance où certains travaux de recherche peuvent mener, quels que fussent leurs objectifs initiaux.


Fonctions

Professeur d’immunologie à la faculté de pharmacie Paris Descartes
Membre de l’Unité de Technologies Chimiques et Biologiques pour la Santé (UTCBS*) – université Paris Descartes, CNRS, Inserm
Chef du laboratoire d’Oncobiologie – Institut Curie, Hôpital René Huguenin

Thème de recherche : Diagnostic et biomarqueurs de cancers

Parcours :

1973 : Diplôme de pharmacien, option biologie
1982 : Doctorat de 3e cycle, mention immunologie / Doctorat de médecine
1983 – 1993 : Visiting fellow in medicine, Massachusetts General Hospital Boston
1985 : Doctorat d’Etat en biologie humaine
1987 : Professeur d’immunologie, université Paris Descartes
1987 – 1993 : Visiting professor of medicine, Harvard Medical School Boston
1991-2005 : Chef de service, Institut Gustave Roussy
2006 : Chef du laboratoire d’Oncobiologie, Institut Curie, Hôpital René Huguenin

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